L'après pandémie commence

Covid : lent retour à la normale

Le week-end de la Pentecôte, malgré une météo mitigée, aura été pour beaucoup d’Allemands, comme pour les Français peu avant, porteur d’un air de liberté. Dans beaucoup de régions, il est de nouveau possible de prendre une bière ou de consommer une escalope avec des asperges de saison en terrasse. Un test négatif est nécessaire à moins d’être complètement vacciné depuis deux semaines ou d’avoir déjà été infecté par le covid. D’autres assouplissements pour les manifestations à l’extérieur, culturelles ou sportives, sont prévues; certains Länder autorisent déjà le tourisme.

Vu ce week-end à Neuruppin dans le Brandebourg : “2020/21 : les deux années où mes mains ont plus absorbé d’alcool que mon foie”. Les gestes barrières restent valables, l’humour n’est pas interdit.

Les terrasses remplies ce week-end témoignaient de la soif (et de l’appétit) de la population lassée des contraintes liées à la pandémie d’une vie sociale un tantinet plus normale. Même s’il fallait pour cela utiliser une couverture pour se protéger de températures de saison encore fraîches dans le Nord du pays.

La situation sanitaire continue de s’améliorer. Ce mardi matin, le taux d’incidence viral est tombé à 58,4 (nombre de nouvelles infections sur sept jours pour 100 000 habitants). La barre symbolique des 50 est proche.

La campagne vaccinale progresse. 40% de la population (33.6 millions de personnes) a reçu au moins une dose de vaccins. 14% sont vaccinés soit 12 millions. Un sommet à ce sujet doit réunir ce jeudi Angela Merkel et les régions. Il y sera entre autres question de la vaccination des enfants. Dans quelques jours, l’agence europénne des médicaments doit autoriser l’utilisation du vaccin Biontech/Pfizer pour les adolescents à partir de 12 ans. Le ministre de la Santé Jens Spahn souhaite que les Länder propose une offre vaccinale à chaque mineur concerné jusqu’à fin août. Les médecins et les scientifiques ne sont pas tous convaincus de l’utilité d’une telle campagne.

Néglicences fiscales dans la classe politique

La candidate des Verts à la chancellerie Annalena Baerbock est aussi une mortelle. Après le hype provoqué par sa désignation qui a donné un coup de pouce supplémentaire dans les sondages à son parti, les premières égratignures apparaissent. Les écologistes doivent prouver que leur candidate qui n’a jamais eu de responsabilités politiques peut le cas échéant succéder à Angela Merkel alors que les électeurs privilégient toujours un gouvernement dirigé par les chrétiens-démcorates. Les Verts qui apparaissent parfois comme des donneurs de leçon de morale favorables à de nombreuses interdictions sont redescendus de leur Olympe ces derniers jours. Annalena Baerbock s’est aperçue que des primes perçues en sa qualité de co-présidente du parti vert n’avaient pas été déclarées auprès du Bundestag. Son prédécesseur Cem Özdemir a aussi admis, contrit, qu’il avait eu quelques oublis comparables.

Annalena Baerbock, Karl Lauterbach, Cem Özdemir

Les autres partis n’ont pas manqué d’exploiter l’affaire, les écologistes étant par leur succès dans les sondages, l’ennemi à abattre. Le secrétaire général du SPD Lars Klingbeil a déclaré ce week-end : “Pour devenir chancelier (ou chancelière), il faut connaître les règles et les respecter”. Quelques heures plus tard, le Monsieur Covid des sociaux-démocrates, l’omniprésent Karl Lauterbach, plus consulté que le ministre de la Santé, reconnaissait sur Twitter avoir lui aussi oublié quelques revenus annexes. Les chrétiens-démocrates ont eux aussi attaqué la candidate écologiste. Une démarche de bonne guerre alors que tous se chauffent pour la campagne électorale. Mais il est vrai que ces primes et revenus oubliés qui feraient pouffer de rire en France par leur côté dérisoire ont peu à voir avec les affaires de ventes de masques l’an dernier, d’une ampleur bien plus importante, qui ont frappé les conservateurs.

Franziska Giffey, ex-Frau Doktor, ex-ministre de la Famille

Et de trois. En dix ans, trois ministres d’Angela Merkel auront dû démissionner après des accusations de plagiat autour de leurs thèses. Dans un pays où ce titre est auréolé d’un prestige académique et social hors du commun, prendre des libertés avec des citations est un no go qui débouche dans le pire des cas sur le retrait du titre. Pour les responsables politiques concernés, la démission est inéluctable. Ce fut le cas il y a dix ans du fringant ministre de la Défense et espoir de la CSU bavaroise Karl-Theodor zu Guttenberg et deux ans plus tard d’une proche d’Angela Merkel, à l’époque ministre de l’Education, Annette Schavan. L’actuelle présidente de la commission, Ursula von der Leyen, avait finalement été blanchie.

La ministre de la Famille, Franziska Giffey, espoir politique du SPD, est la dernière victime en date. Il faut souligner que la plateforme collaborative VroniPlag Wiki qui s’est spécialisée dans la chasse aux plagiats est très efficace. La quadragénaire, seule ministre de l’Est de l’Allemagne jusqu’à la semaine dernière (à l’exception d’Angela Merkel) avait dans un premier temps reçu un blâme de son université après un premier examen de sa thèse. Mais une nouvelle procédure similaire initiée à l’automne dernier a relancé les soupçons. Ses conclusions n’ont pas encore été rendues publiques. La ministre a préféré visiblement prendre les devants avec sa démission surprise tout en arguant de sa bonne foi.

La confiance mise à mal “Je pourrais voir votre thèse avant de me faire vacciner?”

La démission de cette personnalité populaire tombe mal pour son parti. Le SPD se morfond depuis des mois dans les sondages autour de 15%. Franziska Giffey n’entend pas pour autant se retirer de la vie politique. Elle reste la tête de liste des sociaux-démocrates pour les élections du 26 septembre à la mairie de Berlin. Le parti a mis sur la touche le tenant du titre Michael Müller à la tête d’une coalition avec les écologistes et die Linke. Jugé trop impopulaire et peu charismatique, il a été remercié avec un lot de consolation, une candidature pour le Bundestag fin septembre. Franziska Giffey, ancienne maire de l’arrondissement de Neukölln, devait être la locomotive permettant au SPD d’obtenir un meilleur score et de garder la mairie. Mais le parti est distancé par les Verts. Et l’affaire de plagiat de sa candidate est tout sauf favorable.

Minorités sexuelles : avancées difficiles au parlement

Le Bundestag a décidé la semaine dernière d’indemniser les gays victimes d’une discrimination officielle au sein de la Bundeswehr jusqu’en 2000. L’homosexualité était punie par le code pénal en RFA jusqu’en 1969 et les soldats concernés encouraient une dégradation ou une exclusion de l’armée. Par la suite, ils n’étaient pas contraints de quitter la Bundeswehr mais ne se voyaient plus confier des postes de responsabilité.

La loi approuvée par le Bundestag la semaine dernière doit encore être entérinée par le Bundesrat. Elle prévoit une indemnisation symbolique de 3000 Euros. Elle vaut aussi pour les discriminations subies au sein de l’armée est-allemande jusqu’à la réunification.

Grundgesetz für alle (loi fondamentale pour tous) : la campagne lancée l’an dernier souhaite que la réforme de l’alinéa 3 de l’article 3 de la constitution allemande qui a pour but de remplacer le terme de “race” par “raisons raciales” soit l’occasion d’intégrer les discriminations liées à l’identité sexuelle dans le texte. Une revendication soutenue par les organisations LGBT allemandes et l’initiative “loi fondamentale pour tous” qui a remis la semaine dernière une pétition signée par plus de 80 000 personnes et soutenant cette demande aux élus du Bundestag. Au parlement, les Verts, Die Linke et le parti libéral ont déposé un texte dans ce sens. Il devait être discuté la semaine dernière mais a été retiré de l’ordre du jour grâce aux voix de la grande coalition entre sociaux et chrétiens-démocrates. Les seconds émettent encore des réserves et le SPD est lié par la discipline au sein de la majorité.

Texte actuel de la loi fondamentale : “Nul ne doit être discriminé ni privilégié en raison de son sexe, de son ascendance, de sa race, de sa langue, de sa patrie et de son origine, de sa croyance, de ses opinions religieuses ou politiques. Nul ne doit être discriminé en raison de son handicap.”

Projection la semaine dernière sur la façade de la chancellerie

Les responsables politiques veulent la réformer, les organisations de défense des personnes concernées la condamnent, le tribunal constitutionnel l’a en partie déclarée non conforme : et pourtant, la loi permettant aux personnes trans de changer d’identité ne sera pas modifiée durant la législature en cours.

Les procédures devaient être simplifiées et plus respectueuses des personnes intéressées, notamment en mettant fin à des analyses psychiatriques perçues comme longues, inutiles et intrusives. La grande coalition s’était mise d’accord il y a deux ans sur le principe d’une telle réforme. Un premier texte critiqué par les organisations de défense des personnes trans a été mis au panier. Les discussions sur un nouveau projet de loi n’ont pas abouti entre le SPD et les chrétiens-démocrates. Des textes alternatifs déposés par les Verts et les libéraux au Bundestag la semaine dernière ont été rejetés.

Germany, three points !

Jendrik, le représentant de l’Allemagne au grand prix de l’Eurovision cette année, avait déclaré avant la compétition que ça lui était égal de finir parmi les derniers. Celui qui interprétait “I don’t feel hate” n’a donc pas eu la haine après un résultat désastreux. “Nous sommes numéro deux en partant de la fin” a commenté un expert avec humour. On se console comme on peut. Pour le quotidien “Bild Zeitung”, la messe est dite : “Si l’Allemagne a à nouveau été punie par l’Europe, cela n’est pas lié à notre manque de popularité. La chanson était tout simplement mauvaise, trop simple, trop kitsch. A l’avenir, nous ferions mieux de ne plus participer. Nous ne faisons que gâcher un super show”. Pour ceux qui ont tout raté, voici la video

“Que j’étais paresseuse”

La radio-télévision publique WDR organisait la semaine dernière un forum sur l’Europe auquel la chancelière était invitée. Interrogée sur ce qu’elle ne souhaitait pas qu’on retienne d’elle dans les livres d’histoire, Angela Merkel hésite avant de répondre: “Que j’étais paresseuse”. Les collègues qui l’interrogeaient, surpris par la réponse, ont estimé en substance que la crainte de la chancelière n’était pas fondée.

A voir ou à revoir (à partir de 29.15 ou 29.40 video

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